le commerce dans l'Ain au XIXe siècle

Publié le par Jérôme Croyet

LE COMMERCE ET L’INDUSTRIE DANS L’AIN AU DEBUT DU XIXE SIECLE

 

par Jérôme Croyet, docteur en Histoire, bibliothécaire de la Société d'Emulation de l'Ain

 

 

La mutation économique du XVIIIe siècle marque l'avènement de la proto industrie, issue de la croissance démographique et touche la branche dominante des premiers espaces industriels français, le textile. En effet, le XVIIIe siècle est un siècle de transition et marque la fin des économies traditionnelles, par l'essor des industries rurales, où le paysan-manouvrier fabrique et vend en dehors du cadre régional un produit fini, qui engendre un essor de l'industrie par la stimulation de l'agriculture commerciale et la définition des villes comme centres commerciaux.

Dans l’Ain, si la richesse du sol est inégale, la presque quasi absence d'industrie est elle globale contrairement au futur département de l’Isère : "vers la moitié du siècle dernier, la plus grande partie du pays qui forme le département de l'Ain était sans commerce, sans industrie…isolés, inconnus même pour ainsi dire, ses habitants vivaient dans l'inaction et ses campagnes quoique fertiles étaient loin encore d'apporter tout ce que le cultivateur…en retire à présent…ce n'est que dans les montagnes du Bugey, et particulièrement dans l'arrondissement de Nantua, où l'industrie, fille de la nécessité, a surmonté tous les obstacles" constate le préfet de l’Ain en 1806 et affirme le sous-préfet de Belley en 1813. En effet, malgré quelques tentatives infructueuses d'industrialiser le département, à Bourg par les frères Castel et leur manufacture de montres, à Pont-de-Vaux avec l'architecte Racle en 1780, à Pont-de-Veyle avec la manufacture d'étoffe de coton ou à Montluel avec une indiennerie et une blanchisserie, la proximité de Lyon et de Genève absorbe la main d'œuvre et les matières premières propres à une industrialisation. La seule proto-industrie viable en Bresse se situe dans le Revermont, dans le château de Meillonnas, où 18 ouvriers fabriquent une faïence de qualité commune ayant ses débits à Bourg et à Mâcon. L'industrie est donc rejetée aux marches du département, dans le Haut Bugey, dans le pays de Gex ou à Trévoux. Dans les Dombes, l'industrie est, comme en Bresse, quasiment inexistante, mis à part à Trévoux, où le tirage d'or existe depuis 1688. Malgré des essais de valorisation des techniques proto-industrielles pour la perfection de la fabrication des tuiles par la Société d'Emulation de Bourg au cours de l'année 1785, l'industrie bressane et dombiste, la veille de la Révolution, est au point mort et ceci au plus grand regret des habitants qui en trouvent la cause dans la gratification.

Dans le centre du Bugey, la difficulté d'exploitation du sol pour des villes comme St Rambert pousse la population dans l'industrie : trente-trois localités du Bugey fournissent des travailleurs à la proto-industrie. Mais celle-ci, d'abord florissante, se trouve à la veille de la Révolution mise à mal par les normes de longueur et de largeur les privant ainsi d'ouvrages ce qui les empêche de réformer leurs métiers à tisser.

Durant le 1er Empire, malgré les encouragements de la Société d’Emulation et du Gouvernement, par l’intermédiaire de prix à l’exposition industrielle de 1806,  l’industrie ne se développe pas dans l’Ain contrairement à l’artisanat urbain. Le 20 juillet 1813, le sous préfet de Belley regrette que le « commerce…est ordinairement d’une faible importance…il languit…de la rareté du numéraire ».

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