La libération de l'Ain 1944

Publié le par Jérôme Croyet

Un été 44 dans l'Ain

 

            Durant l'été 1944, de la mi-juillet à la fin août, le département de l'Ain commence à ressentir les premières odeurs de liberté. Avec l’annonce du débarquement, la Résistance et le Maquis entrent officiellement en action, à travers les différents plans, notamment le plan vert concernant les coupures des voies ferrées. Après les ravages humains et matériels des cosaques germanisés et leurs officiers nazis, dans le Bugey et le Revermont, ainsi que la rafle de Bourg, orchestrée de main de  maître par Klaus Barbi le 10 juillet, le département de l'Ain connaît une effervescence patriotique hors du commun. Ces expéditions punitives de la Werchmarcht, de février, avril et juillet 1944, ont pour but de mater par la force, et de toutes les manières possibles, l'agitation patriotique de l'Ain qui est telle, qu'avec la Dordogne, le département est le seul en France à connaître ce genre d'actions punitives unilatérales contre les civils et les résistants sans distinctions.

A partir de la mi-juillet 1944, la résistance de l'Ain radicalise ses actions et les champs d'opérations passent d'un Bugey presque libéré à la plaine de Bresse et Dombes. Ces actions prennent plusieurs aspects : sabotages de voies ferrées, parachutages et actions militaires.

Durant un mois et demi, les actions de sabotage de voies ferrées, si elles se ralentissent globalement, ne visent plus, suivant les ordres stratégiques, que les voies de Bourg à Lyon (25) et Bourg à Mâcon (6). Elles sont le fait de petits groupes de trois hommes légèrement armés mais bénéficiant d'une redoutable puissance de feu que leur confère la carabine semi automatique US M1. Ces actions poussent les troupes d’occupation à une grande méfiance et un grand usage de troupes : « les allemands cantonnés dans les gares effectuent des patrouilles tout le long des voies de jour et de nuit »[1]. Les convois ferrovières ne sont font plus que par 8 à 10 trains sous la férule d’un train blindé, quand bien même, ce dernier, le 12 août, tente une sortie vers Ambérieu mais « est revenu peu après »[2].

De même les parachutages s'organisent de manière structurée. Un responsable départemental est désigné par le général Koenig le 14 août. Il s'agit d'Henri Gauthier, alias Jag, déjà « à la tête des groupes francs au nord de Lyon » depuis le 6 juin[3]. Romans-Petit garde le commandement des opérations militaires[4]. Durant l'été 44, 29 parachutages sont prévus en Bresse et Dombes. Mais la présence allemande accrue empêche le bon déroulement de nombres d'entre eux. Seulement 15 ont lieu, hormis l'extraordinaire opération de jour à Echallon, le 1er août, organisée parallèlement aux parachutages de l’I.S. Ces derniers sont réceptionnés par les sept équipes de Jag. L'armement, très léger mais en grande quantité, est alors, suivant les directives de Théodore, essentiellement destiné aux groupes de l'ouest du département (1er bataillon F.T.P., compagnies Danton, Robespierre et A.S. Nantua, entre autre) alors que les matériel militaire reçu en juin, non compris les explosifs, passe « sous les ordres de Romans »[5]. En trois mois, 1634 Sten, 220 F.M. Bren et 265 pistolets automatiques sont envoyés dans l'Ain. A côté de ces parachutages se trouvent les atterrissages du S.A.P.[6], qui dans l’Ain, en une vingtaine de juillet 1943 à septembre 1944, fournissent à chaque fois 600 kilos d’explosifs, 80 pistolets mitrailleurs, 70 fusils, 500 grenades, 200 bombes incendiaires et « de l’argent en quantité ahurissante »[7].

Humainement, la résistance se structure, les groupes se mobilisent dès le 7 juin. A Bourg, les F.F.I. ont réussi à infiltrer la feldgendarmerie. Un Service de Renseignement redoutable par son efficacité informe quotidiennement le quartier général F.F.I. de l'Ain des mouvements, des actions et du moral des troupes allemandes dans le chef-lieu du département.

A partir de la deuxième quinzaine d'août, suite à des ordres de Koenig de juillet 1944, des regroupements s'effectuent autour du Bugey et de Bourg, autour de Romans-Petit et de Jag, ce qui entraînent des dissensions entre les deux hommes. Malgré cela, la lutte armée s'intensifie surtout en Bresse, Revermont et Dombes où ont lieu 34 actions contre les troupes allemandes sur 45 recensées. Ces actions militaires des F.F.I. sont meurtrières pour l'occupant : plus de 287 soldats allemands y perdent la vie. Ces actions poussent les troupes d’occupation dans une forme de chaos que le débarquement en Provence accentue : à la gare de Bourg, entre le 14 et le 16 août, les allemands manipulent et bougent des rames stérilement[8], alors qu’un train blindé est affrété le 14 pour accompagner 5 trains à destination de Dôle[9]. Le 16, les troupes d’occupation chargent, en gare de Bourg, du foin et de la paille dans 10 wagons et à 17h, embarquent rapidement des troupes à destination du midi. Dans l'est du département, les troupes d'occupation évacuent. Le 21 août, les allemands quittent Gex, qui est libérée par les F.TP. de la compagnie Mont Blanc et l'A.S de Gex. Le 23, la Wermarcht évacue Ambérieu, Leyment et Meximieux. Le 24, les F.F.I. entrent dans Ambérieu et à La Valbonne. Le 31 août, la 1ère armée française libre est à Belley et Culoz.

 



[1] Rapport sur la circulation entre Bourg et Saint Amour, n.d. A.D. Ain 125J.

[2] Rapport de Claude, n.d. A.D. Ain 125J

[3] Certificat du SPU 24, british Army Staff, 2 juillet 1945, signé Buckmaster.

[4] Par un ordre du 13 juillet, Jag est sous l’autorité de Romans pour tout ce qui concerne les questions militaires. Toutefois, il ne prend aucun ordre de ce dernier et ne se réfère qu’à Théodore pour les questions de sabotage.

[5] Directives de Théodore, n.d. A.D. Ain 125J.

[6] Basé à Lyon, le S.A.P., émanation du B.C.R.A., il est chargé de mettre sur pied un réseau de terrain de parachutage et d’atterrissage dans la zone R1.

[7] « Jean Triomphe et la Section Atterrissages Parachutages », conférence du Lycée Lalande, 2003.

[8] Après avoir chargé deux rames vides, vers 13h30, le 14 août, les allemands les déchargent vers 17h30.

[9] Ce train est attaqué à son retour et coupé vers Seurre.

Publié dans vivre dans l'Ain

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