Bourg en Bresse durant la Révolution

Publié le par Jérôme Croyet

BOURG EN BRESSE DURANT LA REVOLUTION

par Jérôme Croyet, docteur en Histoire, archiviste adjoint aux A.D. de l’Ain, collaborateur au Magazine Napoléon 1er & bibliothécaire de la Société d’Emulation de l’Ain

 Bourg est une ville de 6 000 habitants qui, jusqu'à l'affaire du Grand Bailliage de Bourg supprimé à l'automne 1788, n'exerce qu'une influence en matière de justice sur la Bresse. Bourg est une ville essentiellement tournée vers l'artisanat urbain de précision : horloger, serrurier, imprimeur. Elle accueille un grand marché tous les mercredis et des foires les 14 septembre et 12 novembre de chaque année. Toutefois l'esprit y est urbain et la mode parisienne. Politiquement, avec la présence de la Société d'Emulation depuis 1755 et la création en1782 d'une société politique, la ville, avec ses deux loges maçonniques, est le phare du département. La fondation de la société des Amis de la Constitution de Bourg, siégeant à la Comédie, en 1790, de la Société des Sans-Culottes en septembre 1793 siégeant à l'Arquebuse, réunissant plus de 600 membres, et d'un cercle constitutionnel républicain en l'an V, renforce le rôle politique de la ville à l'échelon départementale mais aussi nationale car la ville est au cœur d'un réseau routier dense que la décennie Révolution améliore et viabilise.  Ce réseau est une force économique, Bourg possède de nombreuses auberges et tavernes (Auberge de l'Ecu, du Lion d'Or), mais aussi un point faible politique ; sous le Directoire, Bourg est un point de rencontre royalistes et contre-révolutionnaires. La Révolution modèle la ville de Bourg pour le XIXe siècle et une partie du XXe. Avec la mise en place de l'administration départementale, en janvier 1790, logeant à l'hôtel Riboud, et les justices criminelles et civiles, Bourg prend son envol de ville administrative centralisée du département. Dès mars 1793, la présence des représentants du peuple à l'hôtel de Bohan, renforce cette image de centre administratif. Bourg devient aussi un centre de réclusion. En l'an II, plus de 4 maisons de détention existent, Bicêtre, Brou, les Ursulines et les Claristes qui sera la prison de Bourg jusqu'à la Restauration. Outre les administrations civiles, l'armée prend position dans la ville et ce jusqu'à la fin du XXe siècle. En effet, le château de Challes devient pour plus de 20 ans le lieu de résidence des généraux commandant le département tandis que Brou et des Ursulines deviennent les premières casernes. Le 67e de ligne dès juillet 1792, le 1er hussards en novembre 1793 ou le 4e chasseurs à cheval et la Légion Italique en 1799 seront les régiments de garnison de la ville. La ville devient aussi un grand centre culturel et politique. Avec la présence d'un collège puis du lycée sous le Directoire, la ville prend dès cette époque l'allure d'une ville estudiantine. Dès les débuts de la Révolution, le taux d'alphabétisation à Bourg est important, 54% des hommes et 34 % des femmes savent signer. La mise en place des écoles primaires à partir de 1793 et sous le Directoire va renforcer cette image à laquelle contribue la création dès 1794 d'une bibliothèque dans la chapelle des Pénitents et d'un muséum départemental dans la maison Varenne de Fenille. Urbainement, la ville sort de ses portes. En effet, outre les démolitions des clochers de Brou et Notre Dame le 19 avril 1794, les premières mesures d'urbanismes sont prises durant la révolution : projet de construction d'une digue le long de la Reyssouze vers le Malivert, le 25 mars 1790, mise en vente du toit des halles de Bourg, le 16 avril 1791, percement d'une rue à la place de la tour de Bourgneuf le 31 janvier 1794 ou construction de la fontaine de Montaplan le 26 février 1794. Durant la Révolution, la ville dont les rues et le nom sont rebaptisés en l'an II, est équipé de réverbères, est un centre urbain et commercial important, où les administrations et les grands corps de l'Etat prennent place, sous la surveillance d'un commissaire de police et de postes de la Garde Nationale porte des Halles et porte de Lyon.  La période révolutionnaire est un moment essentiel dans l'histoire de Bourg qui, du statut de ville provinciale, devient le chef lieu du département de l'Ain.

 

 

 

 

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