un carabinier impérial du Bugey

Publié le par Jérôme Croyet

François Emilien Goyffon est né en 1787 à Nantua. Son père est un notaire de Vieux d’Yzenave et une figure honorable dans le Haut Bugey. Favorable à la Révolution, il fait l'abandon de sa charge de notaire publique au profit des défenseurs de la patrie le 1er nivôse an II. Patriote il donne aussi une chemise et un assignat de 10 Livres. Il devient membre du comité de surveillance de la commune de Vieu d'Yzenave du 10 novembre 1793 au 5 floréal an II. La Révolution terminée, il reprend sa charge de notaire et devient maire de Vieux d’Yzenave sous le 1er Empire : « Peu de moyen, adonné au vin »[1]. C’est sans doute aidé par les connaissances paternelles et sa haute taille que François Emilien Goyffon intègre fin 1806 le 1er régiment de carabinier. C’est au dépôt du régiment, à Lunéville, qu’Emilien revêt l’habit bleu impérial à collet droit liseré d’écarlate, parements écarlates liserés de bleu, revers écarlates avec sept petits boutons. Il coiffe le bonnet à poil sans plaque ni jugulaires et boucle, grâce à un ceinturon de buffle ocre fermé par une boucle rectangulaire ornée d’une grenade, le sabre caractéristique modèle an IV. Intégré à la 1ère compagnie, c’est avec fierté qu’il fait parvenir à sa famille un portrait de lui en grande tenue sur son cheval noir. Lors de la campagne de Pologne, les carabiniers sont à Varsovie le 31 janvier 1807. Ils ne combattent pas à Eylau, mais chargent violemment les russes à Ostrolenka, le 16 février. Emilien fait ses premières armes. Le 9 juin, les carabiniers sont à Guttsadt. Le 14, ils sont engagés à Friedland où le 1er régiment subit de lourdes pertes : 12 officiers et 104 carabiniers sont mis hors de combat. Suite au traité de Tilsitt, Emilien et ses camarades regagnent Lunéville le 15 décembre. Le régiment compte alors 979 hommes dont 47 officiers et 16 enfants de troupe. L’année 1809 voit de nouveau Emilien préparer son fourbi. Dès le début de la campagne d’Autriche, les carabiniers ont l’honneur de faire le service d’escorte et de service auprès de Napoléon. Attachés à la 1ère brigade de cavalerie du général Defrance, attachés à la réserve de cavalerie commandée par le maréchal Bessières, les carabiniers chargent glorieusement à Eckmül puis sous les murs de Ratisbonne, où, dans la mêlée générale ils sabrent un régiment hongrois. A Vienne, ils sont passés en revue par l’Empereur. Ne pouvant pas participer à la bataille d’Essling, ils sont chargés de la police dans la capitale autrichienne et cantonnent dans un cimetière proche de la capitale. Lors du deuxième jour de la bataille de Wagram, les carabiniers chargent les autrichiens avec opiniâtreté. Les pertes du 1er régiment sont à la hauteur de son courage : 142 hommes et 200 chevaux sont tués ou blessés. Suite à la paix de Znaïm, les carabiniers rentrent à Lunéville. Servant l’Empire depuis plus de trois ans sans ennuis, Emilien, lors d’une permission, charge un de ses oncles de gérer et administrer ses affaires, ainsi que de procéder à la vente de son mobilier et de la succession de ses parents. Lorsque débute la campagne de Russie, les carabiniers font partis du 2e corps de réserve de cavalerie du général Montbrun. Ils sont avec les cuirassiers à la 4e division du général Defrance, 1ère brigade de cavalerie lourde du général Chouard. Les carabiniers combattent à Witebesk, Valoutina et Dorogoboul. Le 7 septembre 1812, ils prennent part à la bataille de la Moskowa, où les tirs d’infanterie adverses font des ravages. Au lendemain de cette terrible bataille les carabiniers ont perdu un tiers de leur effectif. Dès le 8 septembre, ils sont encore engagés à Mojaïsk, puis quelques jours plus tard ils entrent à Moscou. Lors de la terrible retraite de Russie, les carabiniers, sous les ordres de Murat, combattent à Winkowo. Le retour en France se fait dans la crainte des attaques des cosaques. Les carabiniers ne quittent plus leurs casques et leurs cuirasses, ils restent tout le temps sous les armes prêts à combattre. Malgré ces précautions, Emilien est capturé par des cosaques. Bénéficiant, sans doute d’une chance hors du commun, il est pris sous la protection d’un officier russe qui l’emmène en Crimée, afin d’administrer son domaine et surveiller ces moujiks. Alors que la Grande Armée se dissout en 1813 et 1814, Emilien joue paisiblement aux échecs avec une comtesse russe. Sans nouvelle de lui, ses deux frères se résignent à sa disparition et gèrent ses biens comme s’il état mort, jusqu’au 29 novembre 1815, où Emilien frappe à la porte de la maison familiale. Retiré de la vie militaire, il entre néanmoins dans la Garde Nationale en 1830. Domicilié à Nantua, il fait une demande de médaille de Sainte-Hélène en 1857. Il décède en 1860.



[1] Etat des citoyens qui exercent des fonctions publiques dans l’arrondissement de Nantua, n.d. A.D. Ain 3M2.

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