l'armée de Lyon

Publié le par Société d'Emulation de l'Ain

1814 : L'ARMEE DE LYON

par Jérôme Croyet, docteur en histoire, archiviste adjoint aux A.D. de l’Ain

 

Avec la défaite de Leipzig et le recul des troupes françaises d’Allemagne, la guerre se porte désormais sur le sol national.

Le 31 décembre 1813, les alliés franchissent le Rhin à Mannheim et commencent à se répandre en masse sur le sol français. Le 11 janvier, le prince Murat signe un traité d’alliance avec l’Autriche. Napoléon, qui refuse toujours toutes négociations, donne ses dernières instructions avant de rejoindre l’armée ; il remet le commandement d’une petite armée rassemblée autour de Lyon au maréchal Augereau ; il envoie l’ordre au prince Eugène d’évacuer l’Italie ; enfin, il confie la Régence à Marie-Louise. Le 24 janvier, il quitte Paris.

Même si Napoléon connaît la valeur administrative de ses préfets, il met beaucoup en doute leur dévouement au régime. Afin de s'assurer le soutien des départements, il nomme, le 26 décembre 1813, des commissaires extraordinaires dans chaque division militaire de l'intérieur. Ces hommes, originaires des pays où ils sont envoyés, ont pour mission de prendre des mesures utiles à la défense nationale mais aussi pour raviver l'esprit public.

L’invasion Alliée

L’armée coalisée de Bohême, commandée par Schwartzenberg, viole la neutralité de la Suisse pour envahir la France par le Jura, le 21 décembre 1813, avec 6 colonnes d’attaques, dont une, de 12 000 hommes, commandée par Bubna.

La colonne de Bubna, passe par Bâle, Fribourg, Lausanne et Genève puis franchie la frontière française à Gex, le 29 décembre 1813. Le lendemain, les 1 500 soldats français de garnison évacuent la ville. Face à cette armée d'invasion commandée, se trouve l'armée de Lyon. Cette dernière, dans le vaste plan stratégique de Napoléon, doit décider de la victoire.  Le maréchal Augereau a reçu l'ordre de couper les lignes de communications des coalisés. Cette armée de Lyon est composée de 4 divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie.

Alors, qu’en Isère et en Dauphiné, Beyle et St Vallier s'activent pour assurer la défense et la cohésion patriotique, des combats ont lieu dans les environs de Bourg, dans l'Ain, mettant aux prises des soldats Autrichiens de la colonne de Bubna et des troupes de ligne françaises[1]. Le 10 janvier, les premières échauffourées entre les troupes françaises et autrichiennes ont lieu au nord de la cité burgienne où l’ennemi, supérieur en nombre, est repoussé sur le pont de Jugnon et mis en déroute jusqu'à Coligny. Le 11, les autrichiens se ressaisissent et contre-attaque avec six pièces d’artillerie qui obligent les français à  se retirer en bon ordre sur Meximieux.

En Dauphiné, les positions défensives françaises, du 15 janvier au 6 février s'établissent en arrière du Guiers, entre Fort Barraux, Voiron, Voreppe et le Pont de Beauvoisin. Les Autrichiens en trois colonnes d'attaques venant de Genève, se dirigeant sur Aiguebelle, Chambéry et Pierre-Châtel où ils sont arrêtés. Dès lors commence, entre les 15 février et le 3 mars, une série de contre-offensives françaises victorieuses qui repoussent les Autrichiens à Génève, où la division Marchand, s'appuyant sur Fort l'Ecluse, bloque le corps d'armée de Bubna. Alors que Pannetier se dirige sur Mâcon, Bourg est libéré le 19 après quelques combats le 18. Sans attendre l’arrivée des derniers secours envoyés de Catalogne. Augereau prend l’offensive, le 25 février, mais malgré de brillants succès, les troupes devant reprendre Genève sont rappelées face à l’arrivée de 60 000 fantassins et 10 000 cavaliers allliés.

La bataille de Limonest

Augereau livre deux batailles à Mâcon et à Saint-Georges de Reneins, qui sont des défaites. Augereau livre une ultime bataille, le 20 mars, pour protéger Lyon : sur la rive droite de la Saône il dispose de 18 000 combattants pour s'opposer aux 48 000 hommes du prince de Hesse-Hombourg. Ses troupes sont déployées en arc de cercle, au nord de Lyon, depuis Limonest dans le mont d'Or, jusqu'à la Demi-lune, à l'ouest de Lyon. L'aile droite autrichienne de Bianchi effectue un mouvement tournant en attaquant Dardilly et la Demi-lune tandis que le corps de Wimpffen fait de fausses attaques sur Limonest pour fixer la division du général Musnier. Pendant ce temps, la brigade autrichienne Mumb chemine par le val de Saône, à l'est, pour tourner la position de Limonest. Vers treize heures, Musnier constate que les Autrichiens occupent Dardilly et couronnent les hauteurs de mont d'Or. Craignant d'être tourné, il retraite vers Lyon, son repli entraînant celui de Pannetier qui défendait Dardilly. Quand Augerau découvre les divisions de Musnier et de Pannetier dans les faubourgs, il en prend la tête et dirige une vigoureuse contre-offensive. Il se maintient jusqu'à la nuit sur le plateau de la Duchère, bien secondé par Digeon à la Demi-lune. Entre Saône et Rhône, les 6 000 soldats du général Barbet ont repoussé les 8 000  hommes du prince de Cobourg. Les charges successives des 4e et 12e hussards, soutenus par le 13e cuirassiers, permettent à l'armée de se replier, la nuit venue, dans Lyon. Ils ont perdu 1 000 hommes, les Autrichiens 3 000. Les fracas de la bataille s’entendirent jusqu’à Bourg. Avec la perte de la bataille de Limonest, Lyon est livrée à l'ennemi et laisse la population de la région dans le désespoir : « La prise de cette ville est un grand malheur pour la France »[2].

L’attitude déroutante des lyonnais

Cette bataille ne laisse pas les lyonnais de marbre qui, d’une manière ou d’une autre prennent part à l’affaire : « On a été étonné de l’étourderie des lyonnais qui étaient tous dehors le dimanche, qui se portaient en foule comme curieux près des troupes qui se battaient, et presque sur le champ de bataille pour mieux voir comment cela se passait. Aussi quelques uns ont été blessé par des balles perdues. Pendant le combat, beaucoup d’habitants ont transporté les blessés du champ de bataille à l'hôpital, partie sur leurs épaules, parties sur des civières, et il se présentait plus de porteurs qu’il n’en fallait »[3].



[1] Parmi ces troupes se trouvent des hommes du 20e, 35e, 60e et 67e Régiments d'Infanterie de Ligne, 23e Régiment d'Infanterie Légère et de la Gendarmerie de la Garde Impériale.

[2] Journal d’un bourgeois bressan durant les invasions de 1814 et 1815. Commenté et annoté par Jérôme Croyet. A.D. Ain à paraître, 2007.

[3] Journal d’un bourgeois bressan durant les invasions de 1814 et 1815. Commenté et annoté par Jérôme Croyet. A.D. Ain à paraître, 2007.

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