Guerre franco-savoyarde en Revermont

Publié le par Jérôme Dupasquier

TRANSCRIPTIONS D’EXEMPTION DE TAILLE POUR LES HABITANTS
DE JASSERON SUITE AUX INVASIONS DES TROUPES DE BIRON
A.D. Ain 29J10
Par Jérôme Dupasquier, archiviste adjoint aux A.D. Ain, sociétaire.

Supplique en exemption de taille adressée par André d'Arestel, bourgeois de Bourg, au comte de Montmayeur, conseiller chambellan, maréchal de Camp général de S.A., capitaine de cent lances, gouverneur en la province de Bresse, 30 août 1598
"A Monsieur, Monsieur le Comte de Montmayeur, consellier chambellan, mareschal de camp, g[é]n[ér]al de S[on] A[ltesse], Capp[itai]ne de cent lances, gouverne[ur] en la province de Bresse.
Supplie très humblement André d'Arestel, bourgeois de la p[rése]nte ville et habitant d'icelle, sont passés quattre ans qu'il vous a p[rése]nté la req[uê]te cy-joincte contenant que combien il fasse tout debvoir de bourgeois dès le[dit] temps en la p[rése]nte ville, oultre ce q[u'i]l a encores en charge de Madame de Choin le chasteau du Saix, il ya passé un an où il a repoulsé l'ennemy qui avoit vollu pétarder le[di]t ch[ate]au, surquoy, par v[ot]re ordon[n]ance du troisiè[me] juing auriés déclairé le supp[lian]t inhumé et exempt du scindical de Jasseron et ordonné aux conselliers et scindicz du[di]t lieu de procéder à la nomina[ti]on d'aultre, à peyne y [con]tenue leur inhibant de molester po[ur] ce regard le supp[lian]t ce qu'il le[ur] a faict inthimer tant aus[di]tz scindicz partie des habitantz et officiers comme appert par les exploictz cy joinctz ce nonobstant hon[nête] Jean Carnet recepveur du quartier ord[inai]re ores qu'il luy soit esté signiffié par quelq[ues] hayne et suscité par lesd[i]tz de Jasseron, à tasche par deux ou trois fois fe[re] emprisonner le[dit] supp[lian]t en mespris et desdain de v[ot]re [di]te ordonnance [con]trainct recourir de nouveau.
Ce considéré, ayant esgard à v[o]tre d[i]te ordonnance et q[ue] le supp[lian]t ne habite au[dit] Jasseron sont passée quattre ans, q[u'i]lz supportent toutes charges de bourgeois en la p[rése]nte ville ayant payé ration et fornitures comme par les bullettes y exhibées il plaise à v[ot]re illustre seigneurie en suytte de v[ot]re [dite] ordonance inhiber aus[di]tz habitantz de Jasseron officiers du[di]t lieu au[di]t Carnet, recepve[ur] à tous officiers et sergentz et aultres q[u'i]l appertiendra, à peyne de cinq centz livres et indigna[ti]on de S[on] A[ltesse] de molester par prison ou au[tre]ment, le supp[lian]t po[ur] regard du[dit] scindical veu mesme qu'il a encores en charge le[dit] ch[ate]au du Saix et le supp[lian]t priera Dieu po[ur] l'augmentation de Voz très noblez estatz prospérité et santé.
Se pourvoyra le supp[lian]t quant au payement des tallies par devers Messieurs de la chambre des Comptes de Savoye et pour le regard du scindicat attendu que nous sommes en temps de paix, se pourvoyra par justice. Faict à Bourg le pénultie[sme] d'aoust 1598. Montmayeur."
Supplique en exemption de taille pour les pauvres et désolés habitants des villages de Jasseron et des Combes, 29 août 1598
"A Son Altesse
Supplient humblement en toute humilité les pauvres et désoléz habitantz des villages de Jasseron et les Combes qu'il plaise à V[otre] A[ltesse] considérer les despenses, afflictions et calamitéz qu'ilz ont supportéz despuis environ dix ans en ça et spéciallement dès que ce pays de Bresse a esté affligé de guerre ainsy qu'ilz le remonstrent particullièrement cy après et leur pourvoir sellon que la misère, misères, pauvrettés et nécessité où ilz sont à présent constitués le requerrent.
Plaira donc à V[otre] A[ltesse] entendre comme du commencement de la guerre de Genève, les[ditz] villages supportarent divers passages de la gendarmerie nommément des compagnies italiennes estant lors au[dit] pays de Bresse, des régimentz des feus s[eigne]rs Marquis de Treffort et Comte de Montrevel, aussy des compagnies françoises menées et conduictes par le s[eigneu]r de La Grange et de Trion, lesquelz régimentz et compagnies auroyent séjourné aus[di]tz lieux, vivants à leur discrétion et vollonté, ch[ac]ung po[ur] le moings douze jours entiers.
Du despuis et oultre les tailles ordinaires et extraordinaires qui ont esté exigées d'eux po[ur] le service de V[otre] A[ltesse] comme des aultres habitantz du pays, ils ont payé grandes et diverses sommes de deniers po[ur] l'entretenement des compagnies tant de pied q[ue] de cheval, establies po[ur] v[ot]re service en lieux de Ceyziriat, Mellionna et Tossiat, ainsy qu'il leur estoit enjoinct par les ordres du s[eigneu]r Comte de Montmayeur, gouverneur et lieutenant pour V[otre] A[ltesse] au[dit] pays de Bresse.
En l'année 1595 environ le moys de septembre, l'armée françoyse ennemye conduicte par le s[eigneu]r Mareschal de Biron, passant au long du Revermont séjournat trois jours entiers aus[dits] villages de Jasseron et les Combes pendant lesquelz elle gastat et consommat tous les fruictz et meubles des pauvres supp[lian]tz, mettantz le feu en divers endroictz, gastat tous les raisins qu'estoyent lors aux vignes commençantz à se meurir. Puis au despartir, print et emmenat tout le bestail qu'elle peut ramasser et avec ce plusieurs prisonniers, lesquelz po[ur] leur ransons, furent contrainctz de payer grandes sommes de deniers, qui fut cause q[ue] ceste année-là, les supp[lian]tz ne peurent presque rien semer en leurs terres et que leurs vendenges ne leur revindrent pas à la dixiesme partie de ce qu'ilz en eussent recuilly sans le[dit] passage.
Ledict Mareschal de Biron laissat garnison à Mellionnas et à Rivoire, distantz ch[ac]ung d'environ demy lieue des[dits] villages, laquelle garnison, pendant qu'elle y a demeuré, estoit tous les jours aus[dicts] villages de Jasseron et les Combes, ravageantz tout le bestail et prenantz prisonniers qui ont estez contrainctz payer grosses so[mm]es des deniers po[ur] leurs rançons et estantz icelles garnisons levées des[dits] lieux de Mellionna et Rivoire, les supp[lian]tz furent tirez par l'ennemy en contribu[ti]on tantost po[ur] la garnison de Chastillionnet, Pont-de-Vaulx et tantost po[ur] celle de Cuzeau à raison de soixante-quatre escus le moys, les soldatz desquelles garnisons à diverses fois achevé de prendre le reste du bestail des[dits] habitantz et pris divers prisonniers po[ur] le payement de leurs prétendues contribu[ti]ons dont les ungs sont mortz entre leurs mains, les aultres pour se rachepter ont vendu leurs biens ou emprumpté grandes sommes de deniers po[ur] payer leur[dite] rançon, pourquoy faire a esté employé plus de deux mille escus.
D'aultre costé, l'armée au départyr, laissat par les[dits] villages une si grande puanteur et infection que quelques temps après, les villageois se retirantz en leurs maisons, tomboyent en grandes et estranges maladies comme fiebvres chaudes, flux de sang et aultres semblables, de façon qu'il en mourut une grande p[ar]tie de pauvretté et misère, la pluspart desnués et despourveus de moyens pour se faire nourrir, secourir et soulager.
Laquelle maladie se convertit l'année suivante en contagion épidémique qui continuat aus[dicts] villages l'espace d'un ang, pendant lequel temps il n'y a heu presque personne qui n'en soit esté attainct, et la pluspart mortz, les ungs de la[dite] maladie et les aultres de faim et de pauvreté n'ayantz aulcung moyens de se nourrir et soullager estantz délaissés et abandonnez d'ung ch[ac]ung.
Et touteffois pendant le temps q[ue] la ville de Bourg a esté chargée de monctionner les trouppes qui y estoyent en garnison, les habitantz des[dits] Jasseron et les Combes ont fourny pour ce regard environ vingt ou vingt-quatre tonneaux de vin valliantz plus de deux mille florins et d'aultre part payé à diverses foys po[ur] les utencills des compagnies mises en garnison au[dit] Bourg, Ceysiriat, Tossiat et allieurs plus de six mille florins, le tout par ordre du[dit] s[eigneu]r comte de Montmayeur.
Pendant le temps q[ue] l'ennemy a tenu les chasteaux d'Arnenc et Mellionnas po[ur] la seconde fois et aussy le chasteau de Lyonnières, comme les[dits] villages de Jasseron et les Combes sont situez quasy au millieu des[dites] places, les garnisons dicelles estoyent journellement au[dit] lieu de Jasseron, prenantz indifféremment tout ce qu'ilz treuvoyent po[ur] mener en leur[dite] garnison, fut bestail, fruictz, meubles et aultres choses semblables et s'ils pouvoyent attrapper quelques villageois, ilz les emmenoyent prisonniers affin d'en tirer argent.
Et comme le s[eigneu]r Comte de Montmayeur, gouverneur sus[di]t proposat et délibérat de reprendre le[dit] chasteau de Mellionna sur la fin de l'esté en l'année dernière 1597, il auroit assemblé toutes les trouppes de V[ot]re Altesse, estantz en Bresse, tant de pied q[ue] de cheval au[dit] lieu de Jasseron, là où elles auroyent séjourné trois jours entiers et pendant iceux mangé et consommé non seullement les fruictz q[ue] les villageois avoyent lors receuilly, mais encores gasté la pluspart du vignoble n'ayantz lesd[its] soldatz pendant le[dit] temps de trois jours laissé maison à rompre po[ur] enlever les serrures et aultres ferramendes qu'ilz auroyent prins et emmené à leur départ avec tout le bled, meubles et aultres choses qu'ilz auroyent peu receuillir et amasser.
Oultre toutes lesquelles pauvrettez et calamitéz et po[ur] comble d'icelles, le[dit] s[ieur] Comte de Montmayeur ayant estably le capp[itai]ne Fenoux en garnison au[dit] lieu de Mellionna despuis la reprinse d'icelluy jusques à ce qu'il en fut congédié par V[otre] A[ltesse], sa compagnie n'auroit cessé d'aller tous les jours aus[dits] villages de Jasseron et les Combes, chercher s'il y avoit plus rien comme bestail, foin, paille et vin q[ue] les[dits] soldatz prenoyent et emmenoyent au[dit] Mellion[as] oultre les contribu[ti]ons qu'il leur failloit payer.
Et d'aultre costé, ceux qui estoyent en moys de décembre et janvier der[nier] en garnison au chasteau de Bonrepos, furent aux[dits] villages une fois avec seze barrotz et une aultre avec douze, ayantz ch[ac]une des fois receuilly et amassé générallement tout le bled, pain, vin et légumes, noix, pommes, meubles, ferramende et aultres choses que les supp[lian]tz pouvoyent avoir caché et recully et po[ur] leur nourriture spéciallement dans la maison des s[eigneu]rs relligieux de Brou et dans l'esglize mesme dans laquelle ne treuvant plus rien par les maisons et po[ur] ne s'en retourner vuides, ils prindrent tous les habitz ornementz et accoustrementz dicelle, rompirent toutes les vistres po[ur] avoir le plomb et le fert qu'ilz en peurent arracher, despollièrent les femmes q[ui] s'y estoyent retirées comme en sauvetté et emmenarent encores avec eux divers prisonniers qu'ilz n'ont oncques vollu relascher sans grandes ransons.
Et après qu'il eust pleu à V[otre] A[ltesse] lever du[dit] Mellion[nas] le[dit] capp[itai]ne Fenoux, le s[eigneu]r marquis d'Aix, baron du[dit] Mellionna y mit aultre garnison po[ur] la garde d'icelle les soldatz de laquelle soubz prétexte de certaine prétendue contribu[ti]on qu'ilz disoyent avoir subreptivement obtenu de V[otre] A[ltesse] contre les supp[lian]tz à rai[s]on de trois florins par jo[ur] ors qu'ilz ne soyent en façon q[ue] ce soit juridiciables ny ressortissantz du[dit] Mellionna moings tenu à la garde et fortiffica[ti]on d'icelle estant ordinairement par les[dits] villages de Jasseron et les Combes prenantz les paysants qui se mettoyent en hazard d'y travailler qu'ilz emmenoyent prisonniers au[dit] Mellion[nas] leur faisant payer grosses ransons. Et oultre ce prenoyent les vivres et accoustremens qu'ilz pouvoyent rencontrer et po[ur] le dire en brief traictoyent pirement q[ue] les estrangers mesmes.
Voilla comme les pauvres supp[lian]tz voyant leur maisons générallement ruynées et désertes ont esté contrainctz de quicter et abandonner longuement leur lieu, n'ayantz de quoy s'y nourrir et entretenir tellement que leurs fondz et héritaiges ont demeuréz en friche et sans culture ny ayant rien peu semer il y a desja quatre ans, cregnantz de tomber entre les mains des soldatz tant des ennemis q[ue] de ceux de V[otre] A[ltesse] po[ur] estre recherchés des ungs et des aultres comme sus est dict, ne sachantz où aller et comme deschassez d'ung ch[ac]ung, la pluspart se retiroyent aux cavernes des montagnes, là où ilz vivoyent d'herbes et racines comme les bestes sauvages.
Ce considéré, plaise à la bonté et clémence de V[otre] A[ltesse] affin q[ue] les pauvres supp[lian]tz ayent moyen se retirer aus[dits] villages pour vacquer au labourage et culture de leurs champs et héritaiges comme ilz soulloyent auparavant la guerre, les mettre et retenir en la protection et sauvegarde de V[otre] A[ltesse] avec inhibi[ti]on et deffences à tous capp[itai]nes, officiers et soldatz de vos ordonnances qui sont et seront cy après de les troubler et molester en la culture de leurs[di]tz biens ny exiger d'eux chose aulcune po[ur] quelque prétexte q[ue] ce soit ny enlever leurs fruictz, meubles, utencilles et aultres choses à eux appertenantz à peyne contre les chefs de l'indigna[ti]on de V[ot]re Altesse et contre les soldatz de la vie.
D'aultre part les déclaires exemptz de toutes tailles tans ordinaires q[ue] extraordinaires imposées et à imposer, décimer de quelques fruictz q[ue] ce soit, contribu[ti]ons et aultres droictz qui se sont levéz par le passé et pourroit lever à l'advenir po[ur] le service de V[otre] A[ltesse] et entretenement de v[ot]re gendarmerie po[ur] le temps et terme de dix ans avec inhibi[ti]ons et deffences au[dit] trésorier g[é]n[ér]al et ses commis comme aussy à tous recepveurs et exacteurs p[rése]ntz et advenir de les molester pour ce regard en façon et manière q[ue] ce soit à peine telle qu'il plaira à V[otre] A[ltesse] ordonner et décl[ar]er.
Et parce q[ue] durant le temps qu'ilz ont supportéz les[dites] misères et pauvrettés ilz n'ont peu payer les servis et cens annuelz imposés sur leurs fondz, heu esgard à ce qu'ilz ont demeuréz tant de temps en friche et sans culture. Plaise à V[otre] A[ltesse] les decl[ar]er exemptz des[dits] servis et arréraiges d'iceux escheuz et encores pendant le[dit] temps qui est des années 1595, 1596, 1597 et en la p[rése]nte année avec inhibi[ti]ons et deffences aux s[eigneu]rs directz à qui ilz appertiennent, leurs censiers et recepveurs de les molester en façon q[ue] ce soit po[ur] ce regard.
D'avantaige comme les supp[lian]tz ne peuvent p[rése]ntement à cause de leur notoire pauvretté, po[ur] avoir perdu tous leurs moyens satisfaire aux debtz qu'ilz ont estéz contrainctz de faire tant po[ur] le payement des tailles ordinaires et extraordinaires q[ue] contribu[ti]ons po[ur] l'entret[en]ement des garnisons de V[otre] A[ltesse] sus men comme aussy po[ur] les contribu[ti]ons et ransons qu'ilz ont estéz contrainctz de payer aux garnisons ennemyes, plaise à V[otre] A[ltesse] leur octroyer soursoyance de payement des[dites] debtz po[ur] le temps et terme de cinq ans avec inhibi[ti]ons et deffences à leurs créanciers de les molester po[ur] le payement des[dites] debz à peyne de perdittion d'iceux.
Et affin q[ue] pendant le[dit] temps ilz ayent moyen de pourvoir et mettre ordre au payement des sommes principalles par eux dheues réparer les ruynes de leur esglise sellon leurs moyens et facultez et qu'ilz sont tenus de faire avec leur curé, racoultrer et remeubler leurs maisons par tant de fois pillées et ravagées et se pourvoir d'ung peu de bestail affin de labourer et cultiver leurs champs et héritaiges demeurez en friche comme sus est dict, leur permettre de faire compte et supputa[ti]on de leurs [dites] debtz, en présence et assistance des officiers locaulx où l'ung d'eux et par mesme moyen esgalle et despartement entre ceux qui en debvront supporter le payement a ratte de la taille de la gabelle et commuta[ti]on du sel avec pouvoir et puissance aux scindicqz et recepveurs de contraindre les cottizés nonobstant opp[ositi]on ou appela[ti]on et sans préjudice au payement de leurs coctes l'artermoyement qu'il plarra à V[otre] A[ltesse] leur octroyer estant venu. Et ils continueront journellement après Dieu po[ur] la santé et prospérité de V[otre] A[ltesse] agrandissement et accroissement de ses estatz avec accomplissement de ses magnanimes desseins.
Son Alt[esse] pourvoyra aux suppliantz par le réglem[ent] g[é]n[ér]al de la province et cesseront toutes molesties pour le regard des choses suppliées, mandant de promptement relascher les prisonniers. A Bourg, ce 29e aoust 1598."


Commenter cet article