la Révolution dans l'Ain

Publié le par Jérôme Croyet

Le Directoire dans l'Ain

1796 - 1799

par Jérôme Croyet, docteur en histoire, bibliothécaire de la S.E.A.

 

La constitution de l’an III, qui instaure le régime Directorial (4 brumaire an IV-19 brumaire an VIII), modifie profondément le découpage administratif des départements.

 

Les municipalités de canton

 

L’administration du département retrouve des prérogatives plus vastes que sous la Terreur. Les municipalités et les districts sont supprimés et réunis en une seule entité géo-administrative : l’administration municipale du canton. Dans chaque commune de moins de 5 000 habitants, l’administration municipale est supprimée et remplacée par un agent et son adjoint, élus. Les villes de plus de 5 000 habitants, comme Bourg, on une administration propre composée d’un nombre d’élus proportionnel à la population. Le chef lieu des municipalités de moins de 5 000 habitants se trouve au chef lieu du canton, là où l’on trouve la justice de paix, et est composé de la réunion des agents municipaux de chaque commune, d’un secrétaire et d’un commissaire du pouvoir exécutif nommé par le ministre de l’Intérieur.

 

La recrudescence de l’insécurité

 

Avec le règne des incroyables et des merveilleuses, les cabarets s’égaillent et les Français se dévergondent. Mais simultanément, le régime instable mis en place et les différents coups de force du pouvoir contre les royalistes et les jacobins, ouvrent la voie à une insécurité grandissante et violente. Durant les soixante-deux mois que dure le Directoire, le Tribunal Criminel de l’Ain juge cent quatre-vingt-douze affaires de vols, quatorze affaires de coups et blessures et, plus gravement, quatre-vingt-une affaires d’assassinat ; soit deux fois plus que sous la Convention. Les administrations cantonales se plaignent de la recrudescence des infractions à la loi : “ les vols redoublent de toutes parts et les voleurs vont jusqu’à dételer les bœufs des chariots ”[1]. Si les brigands trouvent, sous le Directoire, des conditions favorables à leurs forfaits, ils sont indirectement aidés par le manque de motivation de la gendarmerie et l’insuffisance de sécurité des prisons de Bourg, Trévoux et Châtillon-sur-Chalaronne, dont les administrateurs se plaignent qu’elles ne soient “ pas plus solides et sures ”[2] car les brigands qui y sont incarcérés s’en échappent sans grande difficulté. Et même “ si quelques uns de ces voleurs sont pris, le jury se voit forcé de les relâcher, à défaut de preuves ”[3].

 

Les problèmes frumentaires

 

Aux problèmes militaires se joignent des pénuries alimentaires graves. La récolte en l'an 7 est de 3 à 4 dixième inférieur à la moyenne[4] ; l'hiver a été long et rigoureux, des périodes de gels et de dégels suivies de pluies avaient gâté sur place les seigles et les méteils. La démonétisation, mais aussi la baisse des prix qu'avaient entraînés les bonnes récoltes depuis 1795 entraînent, en cette mauvaise année, une inflation du prix des denrées. Le 28 Nivôse an 8, l'administration centrale du département de l'Ain doit envoyée deux détachements, de 50 et 30 chasseurs à cheval, dans les cantons de Trévoux et Thoissey afin d'effectuer des réquisitions des grains.

 

Les luttes politiques

 

Avec l’assassinat des sans-culottes le 30 germinal an III, l’opposition républicaine et jacobine bressane est décapitée. Bourg peut devenir, en 1795, sous la houlette de l’agence suisse[5], à laquelle collabore Lambert Rouph de Varicourt et de l’agence de Paris, à laquelle collabore Joseph Vincent[6], et peut être du réseau d’Imbert Colomès[7], un foyer, ou du moins un carrefour, pour les espions à la solde de l’Angleterre et les royalistes, entre Paris, la Suisse, Lyon et le Midi : “ L’abrogation de tous les décrets de sang encourage les lyonnais à demander des réparations et à dénoncer les terroristes. La vengeance est orchestrée par un journaliste, Pelzin, relayée par les réfractaires et les aristocrates revenus d’émigration et porteurs de faux assignats ; elle est accomplie par les déserteurs. L’agent anglais Wickham établit dans la ville, depuis la Suisse, une agence de propagande qui recrute des contre-révolutionnaires actifs (Imbert-Colomès. . .), préparant une nouvelle insurrection avec Précy ”[8]. Ce deuxième front intérieur, soutenu par l’argent anglais de Wickham et en coordination avec l’Agence de Paris, a pour but une insurrection à Lyon et en Franche-Comté.

 

Tiraillé par les agitations royalistes à la frontière, l’administration du département de l’Ain l’est aussi à l’intérieur par les agissements de néo-jacobins, le 4 fructidor an 5, le commissaire du pouvoir exécutif près l’administration municipale du canton de Nantua écrit à celui du département pour lui signaler que jusqu’à la parution de la loi du 7 thermidor, se trouvait à Nantua “ une réunion de frères et amis s’occupant dans les ténèbres de questions politiques ”[9].



[1] Lettre de l’administration municipale du canton de Seyssel au Ministre de la Police, 8 nivôse. A.D. Ain 2L.

 

[2] Lettre de l’administration municipale du canton de Châtillon-sur-Chalaronne, 9 germinal an 7. A.D. Ain 2L.

 

[3] Lettre de l’administration municipale du canton de Seyssel au Ministre de la Police, 8 nivôse. A.D. Ain 2L.

 

[4] Dans certains cantons, elle de moitié à un quart inférieur à celle bonne des années précédentes.

 

[5] Un des agents les plus actif de ce réseau est joseph Guillard, né à Montmerle sur Saône le 30 mai 1775. Se disant joueur professionnel, il est arrêté le 13 brumaire an 12 au camp de Boulogne, alors qu’il discuter avec Bonaparte. Bénéficiant de puissants appuis, il est néanmoisn relaché. SPARROW Elisabeth in Secret Service british agent in France, 1792-1815, Boydell Press, 1999. A.N. F7/6375.

 

[6] Natif de l’Ain, demeurant à Bourg. Il ne participe qu’à l’eléction des officiers municipaux de la ville le 17 novembre 1790, section du Palais. Membre de l’agence royaliste de Paris de 1791 à 1805 : “Joseph Vincent. . .was one of Wickham’s first emisssary to Paris” : SPARROW Elisabeth in Secret Service british agent in France, 1792-1815, Boydell Press, 1999.

 

[7] Ne se réfugie-t-il pas à Bourg le 7 février 1790, peut être auprès de personnes confiance, plus à même d’assurer sa sécurité qu’elle ne le serait à Lyon ou dans ses environs ?

 

[8] MARTIN (Jean Clément) : Contre-révolution, Révolution et Nation en France, 1789-1799. Editions du Seuil, collection Hstoire, Paris, 1998, page 257.

 

[9] Lettre du commissaire du pouvoir exécutif auprès de l’administration du canton de Nantua au commissaire du pouvoir exécutif près le département de l’Ain, 4 fructidor an 5. A.D.Ain 2L.

 

  

Commenter cet article