la militarisation du département de l'Ain sous la Second Empire

Publié le par Société d'Emulation de l'Ain

Militarisation du département

par Jérôme Croyet, docteur en histoire

bibliothécaire - conservateur de la SEA

 

La seconde moitié du XIXe siècle est pour l’Ain une période importante dans la militarisation de la société civile du département. En effet, le département reste, du fait de sa frontière avec l'Italie (la Savoie n'est plus française) un département de garnison. Le 39e de ligne a deux bataillons, en 1851, stationnés dans le département. Le 1er bataillon est à Gex (4 compagnies de 12 officiers et 347 hommes) et à Fort l'Ecluse (2 compagnies de 6 officiers et 160 hommes). Le 2e bataillon est Bourg (4 compagnies de 10 officiers et 357 hommes) et Pierre Châtel (2 compagnies de 6 officiers et 160 hommes). Afin d'uniformiser la dotation des hommes de l'armée de Lyon sur celle de l'armée des Alpes, le maréchal Castellane, commandant la 6e division militaire demande à l'intendant militaire de la division de fournir, le 25 juin 1851, "les 1er et 2e bataillons du 39e de ligne, dans l'Ain,…de leurs effets de campement…ces effets soient transportés à Bourg et à Gex où leur distribution sera faîte"[1]. L'expédition est définitivement ordonnée par Castellane, le 27 juin, "par la voie accélérée"[2].

En effet, c’est durant cette période que sont construit les grandes casernes du département. Dès après les insurrections de 1848 et 1849 de Lyon le maréchal Castellane, nommé commandant militaire de la ville, choisit le village de Sathonnay pour y établir un camp militaire comportant une brigade d’infanterie, une batterie d’artillerie et d’une compagnie du Génie. Les troupes prennent position dans le camp le 1er juin 1849. Peu à peu les baraques remplacent les toiles de tentes. Tout les grands hommes politiques européens du Second Empire visitent le camp : le roi du Portugal en juin 1855, Napoléon III en juin 1865 et août 1860, le roi de Bavière en mai 1857.

 

Durant le second Empire, Bourg reste une ville de garnison, même si la ville ne possède pas encore d’une caserne à proprement parler. Jusqu’en 1859, c’est le couvent Ste Marie qui fait office de caserne et accueille 500 hommes. En effet, suite à la décision du ministre de la Guerre, le maréchal Randon, du 20 décembre 1860, de faire de Bourg le dépôt du 7e Régiment d'Infanterie de Ligne, la décision est prise, le 16 octobre 1861 et entérinée le 26 avril 1862, de construire une caserne. Le terrain est offert par la ville et la construction des bâtiments est estimée à 150 000 francs. Conçu par des militaires, le chantier est confié à la réalisation de civils. A l’issu des appels d’offre, c’est le grenoblois Germain qui est retenu. Mais le budget, initialement prévu, est largement dépassé et la dépense totale de la caserne se monte à 527 617 francs en 1863.

            En 1860, l’Ain accueille les premiers conscrits savoyards depuis le 1er Empire. En effet, avec le rattachement définitif de la Savoie à la France, les jeunes savoyards, jusque là bersgangliers, sont réunis au camp de Sathonay pour être incorporés au 103e régiment d’infanterie[3] le 28 juin 1860, recréés pour cette occasion.

 

            Malgré cela, économiquement et socialement, le département reste faible : le 2 mai 1868, le maire de Talissieu écrit au préfet de l’Ain : « La misère est grande dans nos campagnes »[4].



[1] Lettre de Castellane, 1851. A.D. Ain 18J 3.

[2] Lettre de Castellane, 1851. A.D. Ain 18J 3.

[3] Le 103e régiment d’infanterie part en garnison à Lyon puis à Paris. Il combat en Afrique, en Italie et au Mexique.

[4] A.D. Ain 3R.

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