mairiage et naissance dans l'Ain de la Révolution

Publié le par Société d'Emulation de l'Ain

par Jérôme Croyet,
docteur en histoire, archiviste adjoint aux A.D. de l'Ain, bibliothécaire de la S.E.A.

      Economiquement et matériellement, le mariage consiste à trouver un associé, ce qui conduit des familles à trouver des arrangements au sein d’une même catégorie socio-professionnelle. Au début du XIXe siècle, dans le département de l’Ain, les habitudes nuptiales et maritales ne semblent pas avoir subit de fort changement, si ce n’est l’apparition, fort peu usité du reste, du divorce. Les fiançailles se font toujours par le biais d’un entremetteur. Si l’accord entre les deux partis est agréé, les époux se promettent en mariage par le truchement du contrat, acte essentiel de la future mise en couple.

L’usage du contrat de mariage est essentiellement dans les futurs pays de l’Ain, un usage bressan et bugiste. Le pays de Gex utilise pour sa part, le testament, l’acte de donation, pour constituer le patrimoine initial des époux. Le contrat de mariage offre par ailleurs la possibilité de coucher des dispositions testamentaires et procure une assurance parentale sur l’avenir. Avec la Révolution, la tendance traditionnelle à la rédaction du contrat l’hiver tend vers le printemps. La dot, si importante dans ces transactions prénuptiales, couronne l’association à venir. Cette dot n’est pas que le fait de l’apport de la femme au futur foyer mais aussi celui de l’homme. De ces faits, il s’avère qu’avant la Révolution, l’habitude est prise pour la future mariée de constituée elle-même son “ troussel ”, auquel participe parfois la famille. La Révolution ne fait qu’accentuer cette habitude. Ce troussel est presque standard. Il s’agit généralement de mobilier, 46% des cas sous l’Ancien Régime et 38% sous la Révolution, constitué d’un garde meuble en noyer, d’un rouet, de vêtement (51% sous l’Ancien Régime et 38% sous la Révolution), parfois d’argent et de bijoux et plus rarement de biens immobilier.

D’une manière générale, le mariage suit, dans l’Ain, les mêmes traditions. Le jour du mariage, l’époux est conduit à l’église par son père et l’épouse aussi. La cérémonie terminée, tout le monde se rend au domicile de l’époux, où, devant la porte, on jette du haut du grenier du blé sur les mariés pour leur souhaiter l’abondance. On entre alors dans la maison où est préparé le festin qui peut durer parfois plusieurs jours, on danse, on boit et on tire des coups de pistolets en signe de réjouissance.

A la fin du XVIIIe siècle, le foyer est un nouveau mode de vie conjugal dans les pays de l’Ain. Il émerge avec la vision nouvelle de la société basée sur la famille comme noyau social. La vie maritale est avant tout une vie communautaire élargie où les époux ne forme pas le noyau. Au sein de ce noyau formé par la famille au sens large, les tâches sont réparties, ce qui convient alors à un mode de vie agricole et autarcique. Cette vie communautaire admet alors une participation du jeune couple à l’effort général : ils sont logés chez les parents d’un des époux contre un labeur. Cette close est très souvent prévue dans le contrat de mariage. Sous la Révolution, cette tendance à habiter chez les parents tend à s’amenuiser, avec la formation du noyau parental comme noyau familial. En ville, ou du moins dans un monde laborieux extérieur aux champs, cette communion de la famille semble absente dans le monde du commerce et de l’artisanat où un seul décide et où le foyer n’est généralement occupé que par les époux. D'une manière générale, la Révolution change profondément la vie conjugale. En effet, l'autorité paternelle est durement atteinte, d'une manière symbolique avec la décapitation de Louis XVI, le "père" des Français et plus réellement avec la loi du 28 août 1792, qui porte que les majeurs ne sont plus soumis à la puissance paternelle.

La population de l’Ain passe, de 1789 à 1801, de 281 913 habitants à 283 868 habitants, ce qui donne une augmentation de la population. Au niveau des arrondissements, les circonscriptions de Bourg et Belley voient leur population augmenter, alors que celle de Trévoux et Nantua régresse. Les causes à ce recul démographique ne sont pas à chercher dans l’émigration, la proscription, la guerre ou le renouveau des liens sociaux. Dans le Haut Bugey et en Dombes, les raisons sont géographiques, climatiques et professionnelles : dureté du climat en Dombes et émigration de la main d’œuvre ouvrière en Haut Bugey sont les causes du recul démographique.

Globalement la démographie départementale ne semble pas ressentir les effets de la Révolution, malgré le recul démographique chez certaines classes d'individus : le nombre d’hommes mariés ou veufs diminue. Le nombre de familles aussi diminue et passe de 57 310 en 1789 à 57 100 en 1801. Mais il ne faut pas oublier qu’à partir de 1800, Bonaparte et le Consulat amputent l’Ain du Pays de Gex rattaché à Genève au sein du département du Léman.

Publié dans vivre dans l'Ain

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