la grippe espagnole de 1918 dans l'Ain

Publié le par Société d'Emulation de l'Ain

LA GRIPPE ESPAGNOLE DANS L’AIN

 

1918

 

par Jérôme Croyet, docteur en Histoire, archiviste adjoint aux A.D. de l’Ain & bibliothécaire de la Société d’Emulation de l’Ain

 La pandémie de grippe espagnole de 1918 et1919 a été la plus désastreuse des épidémies de grippe jamais documentée, tuant plus de 20 millions de personnes de par le monde. Ce fut, d'après J.I. Waring, "le plus grand holocauste médical de l'histoire". 

La géographie de la grippe espagnole

Apparue au début de 1918 en Chine, l’épidémie se propage rapidement aux Etats unis. En l’espace d’une semaine, l’ensemble de l'Amérique du Nord était touché. Le déploiement massif des forces armées américaines et des troupes coloniales d’Asie en Europe facilite la propagation du virus sur le vieux continent. La première vague de grippe espagnole arrive à Bordeaux en avril 1918 avec les troupes américaines. L'épidémie se répand d'abord dans le sud de la France, fin avril, puis dans le nord, début mai. Toute la France est touchée à la fin mai. En août 1918, une seconde vague arrive en France par Brest et se répand encore plus rapidement, d'abord vers le nord de la France, puis vers le sud. Toutefois, en France, une rumeur se répand. La maladie viendrait de boîtes de conserve importées d’Espagne, dans lesquelles des agents allemands auraient introduit des microbes. Cette rumeur est typique d’une psychose collective qui fait voir partout la main de l’ennemi, d’où le nom de grippe espagnole.

 

En Suisse

A Genève, en Suisse, l’épidémie de grippe espagnole  touche plus de 50% de la population[1], entraînant un impact socio-économique très important, l’épidémie entraînant de graves disfonctionnements, y compris dans les services sanitaires. A Genève, les mesures prises et les interdictions sont sévères : aucune activité de loisirs regroupant plusieurs personnes n’est autorisée. Dans certains cantons, les cafés et les restaurants se voient imposer une réduction des heures d’ouverture. Les théâtres, les cinémas, les dancings et les salles de bals sont temporairement fermés, des spectacles annulés. Même les églises sont fermées. A Lausanne, certains services religieux ont été proposés dans les parcs publics, mais ces rassemblements furent rapidement interdits par la suite. A Genève, deux prêtres reçoivent des amendes pour avoir prêché malgré l’interdiction de rassemblement. Les écoles sont fermées.

 

Dans l’Ain

Dans l’Ain, l’impact est beaucoup plus faible. En effet, depuis le 25 janvier 1917, le préfet de l’Ain est occupé à vacciner les étrangers venant en France par Bellegarde et 15 % de la population, et notamment les enfants, contre la prophylaxie de la variole. Durant l’été 1918, une campagne de désinfection a lieu. Dans l’arrondissement de Nantua, l’éloignement de certaines communes donne lieu à des problème d’application de la désinfection dont se plaint le sous préfet, le 27 juin. L’annonce de la grippe espagnole ne semble pas perturber une gestion publique du tout à la guerre, puisque dans les recueils des actes administratifs de 1918 aucune mentions n’est faites par rapport à la grippe espagnole. Cette dernière ne donne lieu dans l’Ain, en septembre 1918, qu’à des mesures de cloisonnements des enfants et de désinfection de bâtiments sensibles, comme les écoles, fermées par ordre du préfet jusqu’au 13 novembre. Pour combattre l’épidémie, le préfet semble s’appuyer ouvertement sur le service de désinfection, créé en 1910, et le conseil d’hygiène départemental. Il faut attendre le 20 septembre 1918, pour qu’une annonce publique parut dans la Voix de l’Ain, annonce l’émergence d’une grippe en Espagne. Malgré une réunion du conseil d’hygiène départemental, le 18 septembre, qui constate le peu de cas et d’effet de la grippe dans le département, les hygiénistes et les services spécialisés[2] de l’Ain se doutent de la propagation du virus grâce au lieux clos et populeux comme les casernes, les écoles et les refuges[3]. Après avoir informé le public par l’intermédiaire de la presse, les premières mesures sont prises par le maire de Bourg, le 12 octobre, qui fait fermer les lieux publics comme les écoles et les théâtres. Malgré une décroissance des cas dès le 10 octobre 1918, le 26 octobre, le préfet, à l’instar des genevois, fait fermer les cinémas et les théâtres du département et les désinfections au formol, en Dombes, augmentent.

 

                Malgré une taux de mortalité élevé, la grippe espagnole n’a que très peu de prise sur la mortalité de l’Ain qui, reculé des axes de contagions par Bordeaux et Brest, voit sans doute les mesures antivarioliques de 1917 et les mesures de cloisonnements de l’automne 1918, être efficaces quant à la propagation du virus et son impact sur les populations, touchées mais mas mises en danger.

 


[1] La mortalité la plus élevée se trouvait dans le groupe des 20–49 ans et chez les hommes.

[2] 12 médecins, tant civils que militaires, proposent leur aide. Ils sont remerciés par le maire de Bourg le 19 octobre.

[3] Au mois de juin 1918, les locaux des réfugiés de Poncin est désinfecté.

Publié dans vivre dans l'Ain

Commenter cet article