Un espion gessien

Publié le par Jérôme Croyet

Un espion contre-révolutionnaire :

 

Lambert Rouph de Varicourt

 

Par Jérôme Croyet, docteur en histoire, archiviste adjoint aux A.D. de l’Ain

 

Collaborateur au Magazine Napoléon 1er et à la revue Soldats Napoléoniens

 

 

Jean Lambert Fidèle Amable Rouph, baron de Varicourt naît en 1766. Il sert comme capitaine au corps royal du Génie. Lorsqu’éclate la Révolution, Lambert Rouph est capitaine à la 59e compagnie de vétérans détachés. Il est logé à partir de décembre 1790 à Fort l’Ecluse, sur le Rhône, frontière de la France et de la Savoie non encore annexée. Comme beaucoup de nobles de l’Ain, il n’émigre, avec ses frères, Louis Marie Joseph[1] et Marie Jacques[2], qu’à partir de 1791. Il entre dans l’armée des Princes et combat les troupes françaises en Champagne. Attaché à l’état major du Roi de Prusse, il entre au service de la Suisse, où le gouvernement de Berne le nomme major et aide de camp du général en chef comte d’Erlach, en 1797. Grièvement blessé le 5 mars 1798 à la bataille de Grauholz, il parvient à échapper à la capture mais aussi au massacre, Rodolphe d’Erlach ayant été assassiné par ses propres soldats. Sauf, il entre au service de l’Angleterre, comme membre de l’Etat Major des Corps Suisses, d’autant plus facilement que les origines anglaises de sa famille facilite son engagement contre-révolutionnaire. Militaire mais aussi apprécié des Anglais pour ses qualités de « diplomate », Lambert Rouph “ became Wickham’s liason with suiss regiments under the alias of Langenberg ”[3] sous le nom de Varicourt. Espion à la solde de l’Angleterre, il est employé auprès des armées de Souvarov, sur le Rhin et en Autriche, où il assiste à la bataille de Hohenliden. Malgré la paix d’Amiens, Lambert Rouph ne désarme pas. Il quitte le service de l’Angleterre pour être nommé lieutenant colonel dans le régiment suisse de Roll, à la solde de l’Electeur de Mayence. Là, il essaye de faire comprendre l’intérêt de passer par le Jura et l’Ain pour attaquer la France. Mais sa trahison est éventée : le 15 nivôse an VIII, le ministre de la Police Générale avertit le commissaire du pouvoir exécutif de l’administration centrale du département de l’Ain qu’à Mayence, un dénommé Varicourt, ingénieur émigré, a donné au comité anglais un mémoire sur les positions avantageuses dans les montagnes suisses.


[1] Garde du corps du Roi, il émigre en Angleterre où il se marie avec la fille du député royaliste Nadal de Saintrac le 19 août 1797.

[2] Sous lieutenant au Royal Deux Ponts, il sert comme lieutenant au régiment suisse Rovérés, à la solde de l’Angleterre et décède le 14 mai 1800 de blessures reçues à la bataille de Moëskirch.

[3] Public Record Office, Foreign Office, 95/8/13/766, 700, cité par SPARROW Elisabeth in Secret Service british agents in France, 1792-1815, Boydell Press, 1999.

 

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